Pour définir notre conception du projet social, nous nous sommes appuyés sur ce principe de base : dans un centre social, une activité n’est jamais faite par hasard[1].

A LA Maison Pop’, une activité n’est jamais faite par hasard.

Cette activité, elle a été choisie comme un moyen d’améliorer, de transformer une réalité. Et cette réalité, elle a été décrite comme faisant problème et analysée dans le projet social. Comment on se met d’accord sur ce qui pose problème ici et maintenant… ? En faisant un projet social. C’est pourquoi nous parlons de démarche de projet social, qu’illustre ce poème d’Antonio Machado :

« Voyageur, le chemin
Ce sont les traces de tes pas
C’est tout ; voyageur,
Il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant…
 »

Un projet social ce sont donc des rencontres, des débats qui nous permettent de faire société. On marche, et en marchant on fait le chemin. On se déplace. On fait mouvement pour quitter la place qu’on nous a assignée, on soulève la main qui pèse sur nous, et on prend le pouvoir de… pas le pouvoir sur… le pouvoir de.

Pour cela, il n’y a pas de carte, pas d’itinéraire … mais quelques balises tout de même. Pour marcher d’un bon pas, pour faire un bon projet social, on regarde vivre son territoire d’action. On joue au docteur : c’est ce qu’on appelle un diagnostic. C’est-à-dire qu’on observe son évolution, démographique, sociale, économique. On écoute battre son cœur : ses habitants, ses élus, nos partenaires, etc.

Cette manière de faire diagnostic produit des effets sur ses participants, quelque chose qu’on pourrait appeler de la conscientisation. On comprend mieux comment notre société s’organise, les rapports sociaux à l’œuvre, les intérêts qui sont en jeu, les choix politiques qui sont faits. Mais également ce qui nous met en joie : nos « pépites », nos « paillettes », et ce qui nous empêche de marcher : les « cailloux dans la chaussure ». On dépasse les réussites et insuffisances individuelles pour comprendre ce qui relève du fait de société. Ainsi, au cours de ce diagnostic, nous avons cherché à déconstruire les clichés sur la campagne. Parce que les habitants nous avaient beaucoup vanté la beauté de vivre-ici et leur envie de mieux prendre en compte l’environnement. La lutte pour un environnement plus favorable, on le sait bien, c’est toujours ailleurs et plus tard. Or, ensemble, ce qu’on a conscientisé, c’est qu’en matière de qualité de vie écologique, économique et sociale, on avait à faire : ici et maintenant.

L’autre partie du projet social c’est l’évaluation. Comme on ne part jamais de rien, avant d’entamer un nouveau projet, on évalue le précédent. On va vérifier un certain nombre de choses, à commencer par : est-ce qu’on a bien mis en place ce qu’on avait dit et pourquoi ? Avec le même état d’esprit que pour le diagnostic, on essaie de faire en sorte que ce travail produise des effets. Ainsi, on s’est rendu compte en évaluant notre projet collectif familles que ses actions étaient confuses dans l’esprit des salariés. Dans ce cas, on n’attend pas la fin de la démarche, on se met au travail pour améliorer ce qui doit l’être.

Reste l’essentiel. Pour marcher comme ça, pour faire un diagnostic et une évaluation comme ça, il faut bien qu’on soit motivé par « quelque chose de plus grand que soi ». Un projet social c’est avant tout un projet politique. Qu’est-ce-qui fait le lien, le fil conducteur de nos actions ? Un projet politique n’est pas défini une fois pour toutes. C’est en marchant, par l’action donc, qu’on fabrique de la politisation. Il ne s’agit pas de la politisation qui consiste à aller voter ou à s’engager dans un parti. Ça ce sont des modalités, des outils pour faire de la politique, mais ce ne sont pas les nôtres.

Ce qu’on cherche à LA Maison Pop’, c’est à approfondir la démocratie, à transformer la société pour plus de justice sociale et environnementale. On est animé par la conviction que les personnes les mieux placées pour savoir ce qui est bien pour elles, leur famille, leur communauté et l’endroit où elles vivent, ce sont elles-mêmes. On parle d’expertise d’usage, de participation, de développement du pouvoir d’agir, d’éducation populaire.

Au fond, c’est la même idée.

Par les échanges qu’on noue ensemble, on crée de la valeur, on crée des valeurs et des principes d’actions. On se met d’accord sur nos aspirations, au fur et à mesure, chemin faisant, et ça nous permet de faire des choix. Pour ça, on va argumenter, négocier, faire des budgets. Oui, on doit négocier, parce qu’une société démocratique, elle est divisée.

« Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité d’associer à parts égales chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage.[2] » Paul Ricœur.

Le fruit de nos délibérations, ce sont les orientations et objectifs de ce projet social. Et pour y parvenir, on va se donner des moyens, qui sont des activités. Ce qui nous ramène aux premières lignes de ce préambule :À LA Maison Pop’, une activité n’est jamais faite par hasard.


[1] Merci à Christine Laroche, déléguée de la Fédération des centres sociaux de Charente-Maritime, d’avoir utilisé lors de son accompagnement cette formule qui nous a bien inspirés.

[2] Paul Ricoeur, cité par Catherine Neveu, le 26 septembre 2020 lors de la journée départementale des centres sociaux.

projet social

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